Lorsqu’un musulman pratiquant répond aux questions des lecteurs d’un journal hollandais (1re partie)

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“Halima est une secrétaire en université à qui l’administration avait commencé par lui reprocher ses[...]En savoir plus ”

Dans les médias français, lorsqu’il s’agit d’expliquer qui sont les musulmans pratiquants et ce qu’est l’islam, on pense à inviter tout le monde sauf… les musulmans. C’est toujours un islamologue ou un « expert » dans la matière qui viendra confirmer les fantasmes véhiculés par ces mêmes médias. L’image du méchant musulman — inculte et fanatique — restera ainsi maintenue dans les esprits de la masse. 

Aux Pays-Bas, le journal « De Correspondent » a souhaité briser les préjugés et les amalgames véhiculés par le mainstream.

Aux Pays-Bas, où les gens sont généralement plus tolérants et ouverts d’esprit, le journal « De Correspondent » a souhaité briser les préjugés et les amalgames véhiculés par le mainstream sur l’islam et les musulmans visibles. En publiant un article qui donne entièrement la parole aux musulmans orthodoxes, le journal a ouvert les yeux de plusieurs milliers (voire dizaines de milliers) de personnes quant à certaines représentations erronées et stéréotypées des musulmans((L’article peut être consulté ici )) . 

En dessous de l’article, les lecteurs ont, durant trois jours, pu poser leurs questions à l’islamologue hollandais Martijn De Koning (qui se décrit comme anthropologue culturel) et à Kareem El Hidjaazi (fondateur de l’Observatoire des Islamologues de France).

Un très grand nombre de questions furent posées dans le respect des différences culturelles et cultuelles. Plutôt que de juger, les lecteurs du journal « De Correspondent » se sont interrogés et ont surtout cherché à comprendre qui était réellement l’autre. L’écrasante majorité n’avait auparavant jamais eu l’opportunité de poser des questions à des personnes de confession musulmane.

RÉACTIONS DE LECTEURS

Il est intéressant de constater que très peu de questions s’adressaient à l’islamologue (dont l’intervention était d’ailleurs très limitée). À côté d’un musulman, il semble que les ‘experts’ de l’islam ont beaucoup moins à dire…

Voici quelques réactions (totalement inimaginables en France) des lecteurs après avoir lu l’article et/ou les questions-réponses qui s’en sont suivis :

« Il s’agit d’une histoire intéressante. On y découvre beaucoup de choses et on y tire de nombreux enseignements. Lorsqu’on cherche à comprendre comment les choses fonctionnent réellement, on ressort toujours gagnant et on n’est jamais déçu. » (Leendert Jonker, retraité)

Dans son livre « Salafisme », l’islamologue hollandais Martijn De Koning avait beaucoup de choses à dire sur les musulmans visibles. Confronté à un musulman, beaucoup moins…

« Après avoir lu cet article et les réponses aux questions, je suis bouleversé de devoir constater que mes valeurs d’égalité, d’amour, de tolérance, de liberté, de responsabilité individuelle, de développement intellectuel et spirituel, etc. ne sont en réalité que des croyances (occidentales ?). En effet, je pensais — et je pense toujours — que mes valeurs devaient être des valeurs universelles pour tous les êtres humains et qu’il serait bien que le monde entier les suive. Serais-je peut-être un “précurseur occidental” qui souhaite à tout prix exporter et imposer au monde entier les valeurs de mes ancêtres construites au fil des générations ? Les réponses de Kareem et Niek m’ont profondément touché à cet égard. Est-ce que ces valeurs (occidentales ?) seraient alors tout aussi pertinentes que celles de l’islam ? Je réalise soudainement que j’ai toujours inconsciemment supposé que ma culture — bien qu’imparfaite — était la meilleure ! En fait, je le pense toujours, mais avec plus de recul. Mais c’est surement ce que pensent intérieurement toutes les personnes des différentes cultures dans le monde. Il s’agit peut-être de quelque chose de logique, mais maintenant je le comprends vraiment ! Cet article et les réponses ont vraiment été révélateurs pour moi, merci ! »  (Johanna van Fessem)

« C’est seulement la compréhension mutuelle qui permet de vivre ensemble, et il s’agit d’une chose impossible si on ignore de quoi il s’agit. Pourquoi devrions-nous, par exemple, créer une polémique si quelqu’un ne souhaite pas serrer la main d’une femme ? Est-ce inadéquat, un refus d’intégration ? Non, je ne pense pas. Je crois que saluer quelqu’un en le regardant dans les yeux est bien plus important que le geste qui va avec. Et de la même façon, il y a bien d’autres différences interculturelles que nous devrions simplement accepter. Mais ce que j’ai surtout compris, c’est que dans la vie les gens sont toujours dans une recherche (permanente) des bonnes valeurs (ou de la vérité). Et tout le monde le fait dans le cadre de la “croyance” qu’il a héritée depuis sa naissance. S’il vous plaît, ne changez rien à cela et laissez-le ainsi. Ce n’est qu’ainsi que la diversité culturelle et notre humanité diversifiée resteront garanties. » (Gerda Hofste, responsable du site « weidsheid.nu »)

« Le débat qui porte sur le salafisme démontre à quel point nous, Occidentaux, comprenons tellement peu du monde islamique. Le manque chronique de connaissances et de nuances qui entoure ces discussions est l’une des raisons pour lesquelles je ne suis presque jamais ce type de débats. On laisse des pseudo-experts parler de l’islam et nous servir des idées prêt-à-penser de 5 minutes avec une belle infographie, rien de plus. Dans les médias, ce type d’émissions et de programmes radio sont biaisés du fait que les participants du débat sont toujours menés à suivre un fil narratif ou toutes les nuances sont systématiquement éliminées. Selon moi, les médias influencent et abrutissent délibérément l’opinion publique concernant ce type de sujets. » (Thijs van Tienen, enseignant en Sciences des religions)

« Voici un article qui me rend heureux, car il décrit ce que je ressentais déjà quelque part au fond de moi-même : à savoir que la vérité est bien plus complexe et optimiste que la vision simpliste comme quoi un grand groupe de personnes serait intrinsèquement “mauvais”. J’ai aussi appris à connaitre la différence qui existe entre les djihadistes et les musulmans orthodoxes, dont je n’avais honnêtement pas conscience. Je serais curieux de faire connaissance avec des salafistes. Il me semblerait “amusant”, voire précieux, d’échanger avec eux. Et je reconnais en effet que ce sont les athées qui souhaitent le plus que les autres pensent comme eux. C’est génial que vous ayez publié cet article !! » (Maarten Stoffers, Formateur en communication)

Lorsqu’on laisse les musulmans expliquer eux-mêmes qui ils sont, on reçoit une image plus nuancée.

« La situation est en effet plus complexe qu’il ne le semble et c’est dû aux médias et aux politiciens qui ont suscité la peur de “l’islam”. À cause de cela, nous nous sommes intéressés davantage à la recherche sur l’extrémisme musulman que nous considérons aujourd’hui comme une menace tout en oubliant de soumettre “notre propre extrémisme occidental” à plus de recherche et de critiques. » (Niek Jansen, sociologue)

En effet, lorsqu’on laisse les musulmans expliquer eux-mêmes qui ils sont, les gens auront une image plus exacte et nuancée de leur religion. Le problème sera alors que les islamologues finiront probablement au chômage… 

LES FRUITS DU DIALOGUE CONSTRUCTIF

L’article du journal « De Correspondent » a démontré qu’avec le dialogue constructif, il est possible d’apprendre à mieux connaitre l’autre, sa culture ainsi que ses croyances religieuses. Il est important pour le musulman en Occident de ne pas faire des concessions quant à ses croyances ou pratiques ni de vouloir se justifier en colportant des contre-vérités pour se rendre plus acceptable. 

La discussion qui a suivi l’article prouve justement le contraire : le musulman sera toujours plus respecté lorsqu’il assume entièrement ses convictions même si celles-ci ne correspondent pas forcément aux valeurs de l’Occident. Néanmoins, il doit impérativement éduquer, détailler, argumenter et faire comprendre pourquoi l’Occident n’a pas à réformer ou à s’ingérer dans la religion des musulmans, ni à faire des leçons aux musulmans ou à leur dire comment pratiquer leur religion. 

Le musulman sera toujours plus respecté lorsqu’il assume entièrement ses convictions.

Dans le prochain article, une première partie du débat sera traduite incha Allah. Il s’agit d’un échange enrichissant qui aurait déjà dû avoir lieu en France il y a plusieurs décennies. Mais bon, les médias français ne sont pas des médias hollandais…

>> Lire les autres extraits du débat 


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Chercheur à l'Observatoire des Islamologues de France

2 Réponses A "Lorsqu’un musulman pratiquant répond aux questions des lecteurs d’un journal hollandais (1re partie)"

  • comment-avatar
    BN 1 septembre 2018 (11 h 45 min)

    Je tiens à vous remercier du fond du coeur pour cet article et attend avec impatience la suite. Étant moi-même née en Belgique et vivant aux Pays-Bas depuis peu, je me suis sentie très touchée et reconnaît l’ouverture d’esprit des hollandais. Mille mercis pour cet article, je vous souhaite beaucoup de succès pour la rédaction de vos futures articles. Qu’Allah vous assiste .
    Cordialement,
    NB

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