La Déclaration universelle des droits de l’homme… et le droit du Créateur

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde entier semble être tombé sous l’emprise de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Aah, ces fameux droits universels qui, depuis la chute du nazisme, étaient supposés semer la justice et instaurer la paix aux quatre coins du monde. 

Émise en 1948, la déclaration est aujourd’hui perçue par beaucoup comme une révélation divine ne pouvant être remise en question. Après tout, pourquoi s’opposer à un document qui ne fait que préciser les droits fondamentaux de l’être humain, non ?

Or les choses sont souvent bien plus nuancées qu’elles ne le semblent à première vue. L’histoire postcoloniale des pays musulmans nous apprend que leur adhésion à la déclaration en question n’a fait qu’accentuer leur dépendance à l’Occident. Pour comprendre comment cela s’est fait, il faut remettre la déclaration dans son contexte historique et analyser qui étaient ses rédacteurs.

LES RÉDACTEURS DE LA DÉCLARATION

La Déclaration universelle des droits de l’homme est avant tout une entreprise occidentale. Le Comité de rédaction de la déclaration fut présidé par Eleanor Roosevelt, la femme du président américain Franklin D. Roosevelt. Cet élément à lui seul suffit pour comprendre qu’il s’agit d’un projet entièrement manigancé par les Américains

Second élément perturbateur ; le groupe de rédacteurs choisis pour décider quels seraient à jamais les « droits universels » des gens de toute la planète était composé de neuf personnes : Eleanor Roosevelt (USA), Charles Dukes (Royaume-Uni), John Peters Humphrey (Canada), William Hodgson (Australie), René Cassin (France), Alexander E. Bogomolov (URSS), Peng-chun Chang (Chine), Charles Habib Malik (Liban) et Hernán Santa Cruz (Chili).

La Déclaration universelle des droits de l’homme est avant tout une entreprise occidentale.

Le comité était donc composé de six membres de race blanche, un Chinois, un Chilien et un Arabe chrétien. Or, les trois derniers étaient entièrement occidentalisés et ne représentaient nullement la population de leur pays (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils ont été choisis). Peng-chun Chang avait fait ses études aux États-Unis et y est décédé alors que Charles Habib Malik, un Libanais chrétien, avait poursuivi une carrière universitaire en philosophie à l’Université Harvard. Le seul rôle des trois non-blancs était d’embaumer le comité d’une odeur exotique

La Déclaration universelle des droits de l’homme n’est pas si universelle qu’on nous fait croire. Sans exception, les rédacteurs partaient du principe que les Occidentaux étaient dépositaires d’une culture universelle à laquelle le reste de l’humanité doit se soumettre. Comme si les valeurs morales et culturelles de l’homme blanc se valaient en dehors des frontières des pays occidentaux. Une idée qui a toujours été rejetée par les savants musulmans dans les quatre coins du monde. 

Selon l’historien égyptien Mahmoud Shâkir, pour n’en citer qu’un, il est 'totalement erroné de croire que ce monde, avec tout ce qu’il contient (comme diversité), puisse produire une culture qui est universelle. C’est-à-dire une culture que partagerait l’humanité entière et dans laquelle se mélangent tous les hommes avec leurs différences en langues, religions, dogmes, races et patries. Ce concept est une tromperie immense.' 1

ET LES MUSULMANS DANS TOUT ÇA ?

Eh oui, il n’y avait pas un seul musulman parmi les rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Même les Français, à eux seuls, ont eu plus à dire que l’ensemble des musulmans du monde entier sur ce qu’allaient être les « droits universels ». La structure sous-jacente de la Déclaration, préparée par René Cassin, a largement été influencée par le Code Napoléon. La Déclaration universelle des droits de l’homme est pour cela souvent considérée comme l’expression de l’arrogance occidentale la plus caractérisée à l’égard des races non blanches.

Les Français, à eux seuls, ont eu plus à dire que l’ensemble des musulmans du monde entier sur ce qu’allaient être les « droits universels » de l'homme.

Rappelons que nous sommes en 1947. L’Occident avait réussi à démanteler l’Empire ottoman, à détruire le système d’éducation islamique et à instaurer des dictateurs laïcs dans ses colonies. L’objectif était maintenant de saper une fois pour toutes les valeurs islamiques et la culture musulmane afin d’anéantir tout espoir d’un retour à l’unité des peuples islamiques. Il fallait à tout prix maintenir le statuquo postcolonial qui convient si bien à l’Occident.

En intégrant les pays musulmans dans un organisme « universel » qui ne sert que les intérêts occidentaux, l’ONU réussit à réduire considérablement toute organisation interislamique. Ayant adhéré à une charte de valeurs qui ne sont pas les siennes, la communauté musulmane se voit désormais dans l’incapacité de s’organiser indépendamment pour défendre ses intérêts et venir en aide à ses différentes minorités persécutées à travers le monde.

Or, les musulmans n’ont jamais eu besoin que l’Occident leur apprenne quels sont les droits de l’homme. Il faut savoir qu’en islam, les droits des êtres humains furent déjà établis bien avant que l’Occident ne songe à les inventer. Ces droits sont détaillés dans les deux sources religieuses (le Coran et la tradition prophétique) et concernent tous les êtres humains dans toutes les situations : les droits de l’épouse sur son mari (et vice versa), les droits des enfants sur leurs parents (et vice versa), les droits des musulmans les uns envers les autres, les droits du non-musulman qui vit dans une terre musulmane, les droits des voisins, des pauvres, etc. 

Bien que plusieurs de ces droits soient présents dans la déclaration occidentale des droits de l’homme, cette dernière ne tient nullement compte du droit le plus important, à savoir le droit du Créateur envers ses créatures…

LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DU CRÉATEUR

Il y a plus de quatorze siècles, le Messager (Sallallahu Aleyhi wa Sallam) enseigna aux gens de sa communauté que l’homme et le Créateur ont un droit mutuel et bien distinct sur l’autre :

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Le droit que possède Allah sur Ses serviteurs est qu’ils L’adorent sans rien Lui associer tandis que le droit des serviteurs sur Allah est qu’Il ne les châtiera point s’ils ne Lui ont rien associé (dans Son adoration).

 Rapporté par al-Boukhari et Mouslim


Cette parole prophétique nous enseigne qu’il n’y a pas que les hommes qui possèdent des droits. Leur Créateur a Lui aussi un droit immense sur ceux qu’Il a créés et qui se résume à Son adoration unique sans rien Lui associer. En remplissant ce droit divin, l’homme acquiert à son tour un droit sur son Créateur ; il ne peut être châtié dans l’au-delà.

En islam, les droits des êtres humains furent déjà établis bien avant que l’Occident ne songe à les inventer.

Lorsque les droits des hommes et du Créateur sont respectés, les sociétés musulmanes trouvent leur équilibre, prospèrent et connaissent une stabilité globale. À l’inverse, lorsqu’on viole ces droits, qu’on abolit le droit du Créateur ou qu’on adopte une compréhension purement occidentale des droits de l’homme, on produit des sociétés instables et dépendantes où règneront injustice et oppression. C’est pourquoi Mahmoud Shâker insiste sur l’importance de respecter le raisonnement qui découle de la croyance d’un peuple :

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Les cultures varient en fonction des idéologies et se distinguent en fonction des spécificités dogmatiques. Chaque culture possède sa façon de réfléchir et de concevoir les choses et chaque culture suit un raisonnement qui découle d’une religion ou d’une croyance qu’elle professera de manière inévitable

 Mahmoud Shâkir, « Risâla Fi al-Tarîq ila Thaqâfatina » 

Reniant les valeurs islamiques et les droits respectifs entre l’homme et son Créateur, l’ONU ne tient nullement compte des lois divines que les peuples musulmans souhaitent maintenir dans leur propre pays. L’organisation estime que partout au monde ses lois passent avant celles du Créateur 2. C’est pourquoi elle exerce d’énormes pressions pour abolir les traditions musulmanes mal vues par les Occidentaux ainsi que l’application des lois islamiques. 

LE MÉPRIS UNIVERSEL

Le mépris occidental des croyances, préceptes et enseignements islamiques a d’énormes percussions sur la politique, l’économie et la culture des pays musulmans du fait qu’on y bafoue toute spécificité islamique. On substitue à l’identité musulmane une identité occidentale qui est présentée comme universelle.

La dictature culturelle de l’ONU est entièrement fondée sur l’idéologie impérialiste, voire raciste, qui méprise toutes la culture et les croyances de base de l’Islam :

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 La propagation de cette vision (c.-à-d. celle d’une culture commune et unique qui convient à tous) dans les différentes sociétés musulmanes vise un objectif différent qui est lié à la volonté d’imposer l’hégémonie d’une nation dominante aux nations réduites à l’impuissance de façon à ce que celles-ci restent dépendantes de la nation dominante. 

 Mahmoud Shâkir, « Risâla Fi al-Tarîq ila Thaqâfatina » 


La Déclaration universelle des droits de l’homme est souvent considérée comme l’expression de l’arrogance occidentale la plus caractérisée à l’égard des races non blanches.

La fondation idéologique de l’entreprise colonialiste est entièrement reprise dans sa Déclaration universelle des droits de l’homme : les valeurs de l’Occident sont supérieures et doivent être imposées au reste du monde. La Déclaration est pour cela une continuation de la colonisation qui s’officialise sur le plan politique, économique et culturel. L’Organisation des Nations unies est aujourd’hui l’outil suprême pour maintenir l’hégémonie américaine.

L’adhésion des pays musulmans aux organismes mondialistes n’a fait que de les enfoncer dans l’humiliation et la dépendance. Dû à l’ignorance de leur histoire et religion, les musulmans sont devenus convaincus que la solution se trouve dans l’adoption des valeurs occidentales alors que c’est justement la cause de leur régression.

Dans son passé, l’homme blanc n’a jamais vraiment respecté les droits d’autres êtres humains (croisades, colonisation, impérialisme, etc.) et a commis les plus grands génocides de l’histoire. En 1948, avec la Déclaration des droits de l’homme, c’est ce même homme occidental qui s’est donné comme mission de déclarer quels sont les droits universels de l’homme à des êtres humains qui durant des siècles ont justement été dépouillés et privés de tout droit par l’Occident...


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Notes:

  1. Mahmoud Shâkir, « Risâla Fi al-Tarîq ila Thaqâfatina »
  2. Un exemple concret se trouve dans le patrimoine mondial de l’UNESCO qui, sous prétexte du maintien des biens culturels et naturels, bafoue le droit du Créateur en protégeant de fausses divinités. De nombreux mausolées, tombeaux et statues sont inscrits sur la liste de l’UNESCO qui en a fait des biens placés sous sauvegarde internationale, car appartenant à l’« Humanité ». L’idéologie universaliste a permis de créer l’idée d’un « héritage commun de l’humanité » qui, bien sûr, doit être protégé par les Occidentaux.

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Chercheur à l'Observatoire des Islamologues de France

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