Racines Coloniales de La Punition Collective des Musulmans

Après chaque nouvel attentat, la France s’entête à imposer une punition collective aux 6 millions de musulmans français ; promotion d’un Islam colonial « de France » accompagnée de tentatives d’abolir l’Islam orthodoxe, perquisitions infondées, fermetures de mosquées, interdiction de repas de substitution, longues jupes, burkinis, voiles… la liste est longue.

La dernière sanction en date infligée aux musulmans est celle du relancement de la « Fondation des œuvres de l’Islam de France » qui n’est aujourd’hui qu’une coquille vide et dont l’échec est total. Bien qu’incapable de s’autoréformer durant près d’une décennie, la Fondation est aujourd’hui ressuscitée pour réformer l’Islam en France, carrément ! Il s’agit, ici aussi, d’une punition collective pour le simple fait que la Fondation de Jean-Pierre Chevènement n’est rien de plus qu’un Divan postcolonial1 qui a pour mission de miner l’Islam de l’intérieur, de prendre en otage la voix des musulmans et de les rendre invisibles…enfin très discrets quoi.

Palestine punition collective

Le Principe colonial de la responsabilité collective s’applique toujours par l’occupant juif en Palestine.

Punir la communauté musulmane dans son ensemble est une ancienne stratégie d’intimidation qui fut largement adoptée dans les colonies. En Algérie, à titre d’exemple, les occupants français appliquèrent jusqu’à l’indépendance en 1962 le principe de responsabilité collective qui consistait à punir tout un village pour l’infraction d’un seul de ses membres, un crime entièrement opposé aux valeurs islamiques qui enseignent que « chacun n’acquiert [le mal] qu’à son détriment » et que « personne ne portera le fardeau d’autrui. »2 Il s’agit d’une pratique qui est d’ailleurs toujours en vigueur dans la dernière colonie présente en Palestine où les juifs ne cessent de punir l’ensemble des Palestiniens pour les agissements de quelques individus.

La doctrine de la punition collective des musulmans explique pourquoi certains maires français obligent aujourd’hui les femmes musulmanes de se dénuder sur les plages de leur ville après un attentat terroriste avec lequel elles n’ont rien à voir. Mais d’où est venue cette conception de la punition collective que la France ne cesse d’imposer aux musulmans ? Retour au passé…

ORIGINES DE LA PUNITION COLLECTIVE DES MUSULMANS

Au début du XXe siècle, plusieurs orientalistes ont perpétué la conception d’un Islam monolithique3 qui ne laisse aucune place pour une remise en question de l’image figée que l’orientalisme avait produite du musulman « grossier » et « méprisant l’expérience humaine » et dont la religion devait par conséquent être redoutée et contrôlée par voie de pacification.

Une spécialité orientaliste fut de prendre l’exemple dénigrant de certains musulmans et d’en faire une généralité pour tous les pays musulmans. En 1939, l’écrivain anglais George Orwell (1903-1950) décrit « les sujets coloniaux » à Marrakech comme une manifestation du continent africain :

George Orwell “Marrakech”

Lorsque vous vous promenez dans une ville comme celle-ci, quand vous voyez comment vivent les gens, plus encore comment ils meurent facilement, il est toujours difficile de croire que vous marchez au milieu d’êtres humains. En réalité, tous les empires coloniaux sont fondés sur cela. Les gens ont des figures brunes — d’ailleurs ils en ont tellement ! Sont-ils réellement de la même chair que vous ? Ou bien sont-ils simplement une espèce de matière brune indifférenciée, à peu près aussi individualisée que des abeilles ou des coralliaires ? Ils sortent de la terre, ils suent et ont faim pendant quelques années et puis ils replongent dans les tas sans nom du cimetière et personne ne remarque qu’ils sont partis.

En convertissant des exemples d’individus (non représentatifs) d’une civilisation en porteurs de ses valeurs, les orientalistes ont contribué à créer des stéréotypes par leur pouvoir de généralisation. Ce fut une des conclusions majeures de E. Said lors de son étude méticuleuse des ouvrages orientalistes :

Edward Said “Orientalism”

Nous remarquons immédiatement que les expressions “l’Arabe” ou “les Arabes” ont une aura qui les met à part, les définit et leur donne une cohérence collective, de telle sorte qu’elle efface toute trace d’Arabe individuel ayant une histoire personnelle qu’on peut raconter.

La notion raciste de l’Arabe sans individualité fut largement répandue par les orientalistes qui inventèrent une identité collective pour des individus musulmans qui sont en fait très différents. Dans cette vision statique, les Arabes restent les mêmes et sont toujours jugés, voire punis, en tant qu’entité collective. On parlait de l’« esprit oriental » pour décrire la conception générale du musulman qui englobait toutes les variétés du comportement oriental. C’est ainsi que dans l’esprit occidental, le musulman est devenu « un atome dans une vaste collectivité désignée dans le discours courant comme un type indifférencié appelé Oriental. » 4

LES ISLAMOLOGUES ASSURENT LA RELÈVE

La thèse d’un Islam immuable permit aux « experts » orientalistes de promouvoir et vendre leurs recherches pour servir de puissants intérêts politiques :

Edward Said “Orientalism”

Comme discipline, comme métier, comme langage ou discours spécialisé, l’orientalisme mise sur la permanence de l’Orient tout entier, car, sans “l’Orient”, la connaissance cohérente, intelligible et articulée appelée “orientalisme” ne pourrait exister. L’Orient appartient ainsi à l’orientalisme.

Sir Hamilton Gibb (1895 – 1971)

Sir Hamilton Gibb (1895 – 1971) promouvait la thèse d’un Islam monolithique

Monopoliser la perception et la description des musulmans fut une stratégie très lucrative des orientalistes que les islamologues ont fidèlement calqué de leurs précurseurs. Les néo-orientalistes se revendiquent aujourd’hui comme étant les seuls à comprendre les musulmans pratiquants et les conçoivent comme une identité collective dont les membres forment un ensemble difficilement pénétrable. Les « salafistes », « islamistes » ou « radicaux » n’ont pas d’individualité, sont tous de potentiels terroristes et appartiennent, de par cette description réductrice, entièrement à l’islamologie5

Sans le moindre scrupule moral, les islamologues ont entièrement repris la vue collective de l’Orient et produit les mêmes assertions binaires et réductrices où les Occidentaux (raisonnables, pacifiques, libéraux, logiques, capables de s’en tenir aux vraies valeurs) s’opposent aux Arabes-Orientaux (soupçonneux par nature, sauvages, irraisonnables, sans valeurs, etc.)6.

Que les musulmans ne se soient jamais reconnus dans les analyses des orientalistes (et puis dans celles des islamologues) n’a pas empêché que cette vision coloniale qui les dépeint soit aujourd’hui partagée par la grande majorité des peuples occidentaux.

burkini

L’interdiction du burkini fait partie d’une punition collective qui émane de la doctrine orientaliste.

La gestion des musulmans par les élites françaises démontre qu’en 2016 les citoyens de confession musulmane sont toujours considérés comme un bloc monolithique, tout comme ils le furent à l’ère coloniale. C’est précisément parce que la communauté musulmane est considérée comme un groupe impénétrable qui n’est pas composé d’individus distincts et autonomes que tous ses membres sont aujourd’hui tenus responsables des agissements d’une infime minorité.

En scrutant de plus près la doctrine orientaliste dans le passé colonial, le mystère de l’interdiction des burkinis s’éclaircit peu à peu…



  1. Voir Le Divan Napoléonien, Structure Avant-Gardiste du CFCM
  2. Sourate al-An’âm, 164
  3. Parmi les orientalistes qui promouvaient la thèse d’un Islam monolithique se trouvaient Gustave von Grunebaum (1909 – 1972), Duncan MacDonald (1863-1943) et Sir Hamilton Gibb (1895 – 1971).
  4. Edward Said “Orientalism”
  5. Jusqu’à ce jour, des politiciens comme Valls et NKM n’arrivent toujours pas à distinguer entre l’Islam orthodoxe (la Salafiya) et le Kharijisme du fait que dans leur esprit les musulmans pratiquants (ou non acculturés) forment un bloc unique.
  6. Voir "Gilles Kepel, l'Héritage d'un Racisme Colonial"

Après chaque nouvel attentat, la France s’entête à imposer une punition collective aux 6 millions de musulmans français…

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Chercheur à l'Observatoire des Islamologues de France

1 réponse A "Racines Coloniales de La Punition Collective des Musulmans"

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    François Abou Hazim 16 mars 2017 (4 h 59 min)

    Merci pour cette documentation enrichissante. Votre site est très instructif et montre à quel point le Coran est véridique lorsqu’Allah nous dans Son Livre que les mécréants ne cesseront de combattre les musulmans jusqu’à ce qu’il peuvent nous rendre tous mécréant si cela leur était possible.

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