La Contribution Musulmane aux Expéditions de Christophe Colomb

Les historiens occidentaux, à quelques exceptions près, ont toujours refusé de prendre en considération les traversées atlantiques des musulmans ouest-africains qui eurent lieu plusieurs siècles avant Christophe Colomb1. D’autre part, il n’y a que peu de livres d’historiens occidentaux qui traitent de l’apport des sciences islamiques aux expéditions espagnoles vers le Nouveau Monde. Pourtant, de nombreux éléments permettent d’établir la portée de la contribution musulmane à la prétendue découverte européenne du continent américain.

1492 : Chute de l’Andalousie, Départ pour le « Nouveau Monde »

Christophe Colomb avait pour ambition de trouver une nouvelle « route des épices » vers les Indes orientales en naviguant vers l’ouest. Il espérait ainsi pouvoir contourner le marché intermédiaire d’un peuple qu’il méprisait profondément : les Arabes. Colomb n’a jamais eu l’intention de découvrir un Nouveau Monde, mais était plutôt à la recherche d’un allié contre les musulmans. Il espérait former une alliance antimusulmane avec le Grand Khan, le souverain des Mongols2 connu pour être en faveur des chrétiens.

Colomb, qui n’a jamais caché sa haine envers les musulmans, voulait contourner le marché d'épices des Arabes.

Durant près d’une décennie, Christophe Colomb sollicite l’aide des monarques espagnols Ferdinand et Isabelle pour financer son expédition. Mais le roi et la reine furent peu convaincus par le projet et trop occupés à combattre les musulmans qu’ils cherchaient à expulser de l’Andalousie. Le manque de stabilité, de sécurité et de moyens financiers empêcha alors l’aventure colombienne de se réaliser.

Au début de l’an 1492, Grenade tombe aux mains des catholiques et le Khalife se voit contraint de remettre les clés de la ville à Isabelle et Ferdinand qui y défilent en procession. Présent à la cérémonie, Christophe Colomb compris à cet instant que les fonds pour son projet n’allaient plus tarder. Il fait une nouvelle tentative quelques mois plus tard et cette fois-ci, le roi et la reine décident de parrainer son projet.

L’année 1492 fut une année sombre pour la Oumma islamique. Elle marqua non seulement la fin d’un règne glorieux de 750 ans en Espagne, mais aussi le commencement d’une nouvelle campagne meurtrière de colonisation dans laquelle périront de nombreux musulmans après avoir été arrachés du sol africain.

En décrivant le passage de la chute d’Andalousie à l’expédition immédiate de Christophe Colomb, l’érudit Mahmoud Shâkir explique que Colomb atteint le Nouveau Monde avec le soutien de musulmans:

Mahmoud Shâkir Risâla Fi al-Tarîq ila Thaqâfatina

Les catholiques du Nord arrivent à se défaire de leurs chaines et quittent la cage dans laquelle ils furent enfermés. Ils se mirent à pourlécher les babines, prêts à envahir et dévaster de nouvelles contrées. Ils commencèrent à explorer de nouvelles terres et mers. Sur les côtes européennes, leurs navires prirent la mer remplis de provisions, d’armement, d’hommes féroces et d’aventuriers… C’est avec l’aide de marins arabes musulmans que Christophe Colomb trébuchera ensuite sur la terre des Amérindiens.

La distorsion de l’histoire a toujours été une arme exploitée par l’Occident visant à effacer l’existence des peuples musulmans. Cela explique pourquoi la contribution arabo-musulmane aux expéditions des navigateurs espagnols a généralement été occultée.

Al-Farghani et la Contribution Islamique

La carte d'al-Idrisi (1099-1166) contenait à l’autre bout de l’Atlantique une terre qu’il appela « La Grande Terre ».

Christophe Colomb n’a jamais caché la haine profonde qu’il éprouva envers les musulmans. Une fois atteint le « Nouveau Monde », il fit une demande au roi espagnol de reverser les bénéfices de ses découvertes à la conquête de Jérusalem3. Néanmoins, Colomb n’avait aucun problème à exploiter les sciences, les cartes maritimes et les découvertes géographiques des musulmans. En préparant sa traversée de l’Océan, il s’appuya sur les recherches géologiques et maritimes des Arabes qui étaient bien plus avancées que les Européens dans les différentes sciences.

Il faut savoir que des navigateurs comme Christophe Colomb et Vasco Da Gama s’inspirèrent, à titre d’exemple, de la fameuse carte du monde dressée par le géographe andalou Mohammed al-Idrisi (1099-1166). La carte d’al-Idrisi, mieux connue sous la « Tabula Rogeriana », contenait à l’autre bout de l’Atlantique une terre qu’il appela « La Grande Terre », faisant bien entendu allusion au continent américain.

Lors des préparations de voyages, les explorateurs européens s’appuyèrent considérablement sur les ouvrages scientifiques des musulmans. Ce fut aussi le cas pour Christophe Colomb, comme en témoigna son fils Ferdinand Colomb :

Salma Khadra Jayyusi The Legacy of Muslim Spain

Un des arguments décisifs qu’avança l’Amiral (Colomb) pour soutenir que la distance (vers l’Inde par l’Ouest) fut plus restreinte était basé sur l’avis d’al-Farghani4 et ses suiveurs qui attribuaient une circonférence de la Terre inférieure à celle des autres (scientifiques)

En apprêtant son périple, Christophe Colomb avait sous-estimé la circonférence de la Terre tout en surestimant la grandeur du continent asiatique qu’il souhaitait atteindre. Dans « Imago Mundo » de Pierre d’Ailly, il trouva une estimation attribuée à al-Farghani de 562/3 miles. Or il avait supposé à tort qu’il s’agissait de miles italiens. Ce mauvais calcul de Colomb réduisit la circonférence de la terre de plus d’un quart (18 756 au lieu 24 861 miles)5. Néanmoins, cette bévue le convainquit que la distance entre l’Espagne et l’Asie fut bien plus limitée que l’on croyait.

Colomb a tiré grand profit des recherches scientifiques des musulmans: cartographies, outils de navigation, etc.

Le second avantage découlant des recherches d’al-Farghani fut le gage de crédibilité devant les monarques catholiques qui ne croyaient initialement pas à l’hypothèse d’une traversée atlantique vers l’Asie. Colomb ne pouvait pas les convaincre en se référant aux recherches de Marco Polo ou Toscanelli6 dont les recherches furent traitées de chimères. Cependant, il n’était pas facile de rejeter l’autorité incontestable de l’époque qui fut d’ailleurs reconnue mondialement comme un des plus éminents astronomes et mathématiciens : Ahmad ibn Muhammad al-Farghani. Ce fut donc avec les recherches d’un musulman que Christophe Colomb réussit à rendre crédible son projet d’expédition.

Sachant qu’en Inde la lingua franca fut l’arabe, Colomb avait pris avec lui un interprète du nom de Luis de Torres, un Morisque qui était obligé de cacher son Islam. Lorsque Colomb arrive aux Caraïbes, il croit avoir atteint le début du continent asiatique et envoya son interprète arabophone sur l’île avec une lettre du roi d’Espagne. La première langue que la population locale entendit des explorateurs espagnols fut donc l’arabe. L’événement en question se déroula plus précisément à l’île de Cuba que les habitants appelaient alors Cubanakhana (aujourd’hui abrégé par Cuba), un nom que l’interprète décrypta comme étant une combinaison de Kubwa (Grand) et Khana (Khan). C’est ainsi que l’équipe de Colomb fut convaincue avoir atterri dans le pays du Grand Khan ; la Chine7.

Un Paradoxe Cruel

L’ignorance de Christophe Colomb, son incapacité à effectuer des calculs exacts et sa conviction d’avoir atteint l’Inde ont fait que les indigènes d’Amérique soient aujourd’hui appelés « Indiens ».

En entreprenant son voyage, Christophe Colomb a tiré grand profit des musulmans : recherches scientifiques, cartographies, outils de navigation, traducteurs, etc. Paradoxalement, en exploitant les découvertes scientifiques d’érudits musulmans, il tentait de mettre un terme au commerce et au pouvoir de ces mêmes musulmans. Cinq siècles plus tard, les choses n’ont malheureusement presque pas changé…

A suivre incha Allah.​


  1. Voir « La Découverte Islamique des Amériques »
  2. C’est à travers les ouvrages de John Mandeville et Marco Polo que Colomb prit connaissance de l’existence du Grand Khan.
  3. Tzvetan Todorov, « The Conquest of America ».
  4. Ahmad ibn Muhammad al-Farghani (800-861) fut un astronome et ingénieur arabe (connu en Occident sous le nom Alfranagus) et fut employé par le Khalife al-Ma’mûn et ses successeurs.
  5. Silvio A. Beding, « The Christopher Columbus Encyclopedia ».
  6. Connu comme « Le géographe de Florence ».
  7. Lucas Catherine « Ik wist niet dat de wereld zo klein was ».

En cherchant une nouvelle « route des épices » vers les Indes, Christophe Colomb espérait pouvoir contourner le marché intermédiaire d’un peuple qu’il méprisait profondément : les Arabes.

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Chercheur à l'Observatoire des Islamologues de France

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